Parce que c'était vous, parce que c'était moi.

L’Envie d’avoir envie

© Sophie Fontanel via Twitter

© Sophie Fontanel via Twitter

Un jour elle a arrêté, comme ça, soudainement, en un matin, en un déclic. Un jour elle a arrêté d’avoir envie. Ou peut-être qu’elle l’a juste compris, c’est elle-même qui le dit. Un jour elle a su écouter son corps, son corps fatigué, son corps en action depuis ses treize ans et un consentement jamais éclairé, son corps qui ne lui disait plus oui, qui lui murmurait non, non « je n’en [peux]plus qu’on me prenne et qu’on me secoue, [non] je n’en [peux] plus de me laisser faire », de concéder, il lui fallait juste tendre l’ouïe. Un diagnostic qui appelle alors l’impensable mais nécessaire convalescence, « la pire insubordination de notre époque », l’abstinence, ou plutôt l’absence, de vie sexuelle. Et ce pour une durée sans date limite, en vérité douze années de péché oxymore. « une longue période, qu’au fond [elle n'a] à cœur ni de situer dans le temps ni d’estimer ici en nombre d’années » tant une gêne muée en honte colle, poisseuse, à celle qui ose ne pas se soumettre au cœur de la vie, pour lequel tant de femmes ont lutté.

Elle ne se laisse dès lors plus manipuler, attraper, elle se défait d’une présence autre que la sienne, elle lévite. Dans les bras de Robert Redford, au détour d’une salle de ciné, dans sa baignoire remplie à ras-bord de mousse comme d’une grisante légèreté. Elle n’appartient plus qu’à elle-même, elle dort en étoile de mer, elle s’interroge, elle interroge les gens et les bouquins, journaliste jusqu’au bout de l’atome, elle part en vacances, seule, elle s’offre des fleurs, seule, elle respire le bonheur, seule, le bonheur d’être libre, seule mais, ô misère, pas disponible.

Dans un monde régi par l’orientation sexuelle exacerbée, hétéro, homo, troisième genre, asexualité, elle incarne alors l’exil, la différence, la déviance. On essaie d’y mettre des mots, des étiquettes, célibataire, chaste, malade, on la dévisage, on se confie à cette femme hors de la concurrence, hors du jeu de séduction jaugé, objet non identifié, paradoxalement objet de fantasme, que même ses amis échangistes, ceux qui se disent les plus libres, regardent de haut en bas, de bas en haut, tiens t’as pas mis de talons, faut prendre soin de toi, et tiens il te dirait pas le beau quadra là-bas. Face à l’extraordinaire, face au dérangeant, tous se révèlent finalement conformistes.

Alors un jour elle retrouvera cette « possible noirceur » dans le fond du regard, ces sens automatiques, ce corps qui s’exprime sans autre messager, en attendant lequel elle attise un autre désir, le nôtre, celui de la suivre par-delà ses péripéties existentialistes qui résonnent d’actualité. Surtout, ce qu’elle transmet, à travers les beaux mots choisis et les situations emblématiques, c’est cette certitude d’un choix. Le choix de dire oui, de dire non, de cesser d’auto-censurer le désir envolé, le désir non plus infaillible et ultime comme voudrait nous le faire croire une société pour laquelle la performance est devenue seule maîtresse dans tout et chaque domaine, même ceux originellement pourvus de sensibilité. Et au fond, ce choix, ben oui, aussi évident qu’il puisse paraître, alors que concrètement décrié par autrui socialisé, c’est là la liberté.

Sophie Fontanel, L’Envie, Robert Laffont, 2011

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Allô lubie #10 : la chemise marguerite

Chemise marguerite Zara blog

Marguerite, jolie marguerite, marguerite je te cueillerai… 

Pas besoin de s’étendre sur le sujet, parfois le boom boom du corazón ne s’explique pas. Je l’ai vue, elle était là, je l’ai regardée, elle m’a pas regardée parce qu’elle n’a pas d’yeux – petite minute culture générale – mais c’était tout comme. Juste le temps que la roulette russe s’arrête sur je t’aime un peu beaucoup à la folie pas du tout et l’affaire était pliée.

Mais pas dans le sac, parce qu’à l’heure où nous parlottons, un cachet de subsistance nommé APL n’a pas encore rappliqué son enveloppe dorée.

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PS : oui, j’organise un concours de qui-sera-la-plus-kitsch parmi mes belles images Photofiltre savamment choisies.

Prisonnière du non

A côté. Pas de la plaque, ou de mes pompes. Non, juste à côté. Je dirais même plus, complètement à côté. C’est le sentiment qui grandissait, là, à ma sortie de la salle de cinéma. D’autant plus une fois qu’à peine rentrée, assoiffée de cette urgence de confronter mon ressenti aux mots des cinéphiles avertis, j’ai constaté l’unanimité quasi parfaite exprimée à son encontre, des mensuels popu aux hebdos bobos. Prisoners a fait un carton, et pourtant, dans ma coquille involontairement hermétique, je ne peux me résoudre à lui trouver quoi que ce soit de bon.

Prisoners Denis Villeneuve

On a dit que les personnages étaient mesurément caricaturaux, que l’américanisme familial était jouissif, maîtrisé mention félicitations. Entre deux accès dépressifs de la mère de famille désespérée, j’ai eu l’impression de faire face à un mauvais Contrenquête, l’éternel dilemme entre soif justicière et foi en la loi maladroitement matérialisée en une dichotomie Hugh Jackman barbu / Jake Gyllenhaal haircut gominée, la version de trop.

On a dit que le suspense était prenant, les revirements de situation incessants, la tension omniprésente. J’ai bondi intérieurement, pas de peur mais d’énervement contre la même bande-son chronique, tambourinement vibrant et violons, ponctuant l’orage diluvien et la neige métaphore du drame quand, une heure avant le dénouement, toutes les pièces du labyrinthe avaient déjà eu le temps de s’assembler en prenant pourtant leur temps.

On l’a comparé à Mystic River. Le Clint Eastwood fait partie de mes favoris, j’ai passé devant le Denis Villeneuve deux heures et demie à compter les moutons. Quand l’un promouvait la surprise, l’autre malaxe le filon de l’insipide jusqu’à l’ultra-sécheresse.

On dira qu’il se passe plus de choses que dans La vie d’Adèle, j’ai haut la main préféré trois heures de désir exacerbé sous fond de lutte sociale en plan rapproché à un polar prévisible et linéaire, au rythme injecté à la marmite et au montage raté pour lequel j’aurais pu me contenter, outre la transformation du frère daltonien asocial de Little Miss Sunshine en un attardé présumé criminel so 80s, de… la fin.

Dites, ça vous arrive de ne pas être cueillis, vous, parfois, aussi ?

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